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Caminante, son tus huella
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.

Antonio Machado
Campos de Castilla (1912)

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Perú

Vendredi 20 avril 2007
Lors du survol de Guayaquil (Equateur), je croyais être en Rhénanie ou en Mayenne champêtre. Verdure des champs, miroirs des marécages, et les fleuves imitant le Rhin dans ses courbes et méandres...

Le premier trajet à Lima réveilla des souvenirs d'Inde, avec les maisons basses le long des routes, les boutiques éclairées d'une unique ampoule, et le taxi qui manqua se faire écraser par un bus tournant brusquement sans prévenir. La suite du trajet, en collectivo, me transporta en Afrique, sur des chemins de sable, la poussiere décorant nos vêtements par les fenetres ouvertes.

J'écris d'une "banlieue" de Lima; nous avons franchit le portail délimitant la ville, et entre collines de rochers et poussières, des maisons, des familles, dans cet espace sans verdure et sans eau.
Un paysage surréaliste, une impression étrange, ma première image de Lima n'est pas celle de la Plaza de Armas ou des maisons coloniales de Miraflores, mais cet amoncellement de briques, tôles, plastiques, bois et cartons, dans la poussière et le klaxon du camion citerne.



When flying over Guayaquil (Ecuador), I felt I was in Rhenanie or in rural Mayenne. The green of the fields, the mirror of the wetland, and the rivers imitating the Rhin in the cruves and turns...

The first trip in Lima woke up memories of India, with the low houses along the roads, the small shops illiminated with a single bulb, and the taxi which nearly got crush by a bus turning brusquely without a warning. The next trip in a collectivo (small bus) carried me in Africa on sand tracks, with the dust decorating the clothes by the opened windows.

I'm writing from a "suburb" of Lima; we crossed the gate closing the city, and between hills of rocks and dust, houses, families, in the space without vegetation and water.
A surrealist landscape, a strange feeling, my first image of Lima is not the plaza de Armas or colonial houses of Miraflores, but this accumulation of bricks, sheet metal, plastics, woods and cardboxes, in the dust and the horn of the water tank truck.
Par Aurelie
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Lundi 23 avril 2007

Ils sont descendus des hauts plateaux andins de la sierra, fuyant les violences du Sendero Luminoso (années 1980 à 2000), la pauvreté et les conditions difficiles; espérant une vie plus aisée, plus confortable et pleine de travail.

Ils sont arrivés de là-haut, pour déboucher sur Lima surpeuplée de 9 millions d'habitants, coincée entre l'océan pacifique et les montagnes environantes.

Ils sont venus remplis d'espoirs et de rêves et se sont retrouvés refoulés derrière les portes de la ville, sur des terres arides, entourées de collines de cailloux et de poussière.

 

 

Dans cette cuvette grise de terre, les maisons poussent comme des champignons dans les vallées étroites, apportant de légères touches de couleur tout en rognant un peu d'espace sur la montagne. Les briques remplacent progressivement le bois, le carton ou la tôle mais les facades bleu ciel, vert turquoise ou orange vif masquent toujours des pièces exigues et peu confortables.

 

Ces terres si dénudées et si pauvres ne sont pas pour autant gratuites. Il y a dix ans, des audacieux ont acheté ces hectares sans avenir 10 000 soles et les revendent aujourd'hui 50 $ le mètre carré. Une affaire bien lucrative.

Les Pueblos Joven s'etendent tout autour de Lima et continuent à s'agrandir sous le flot des nouveaux arrivants. L'electricité et le téléphone sont acheminés à Vizcachera, ce qui permet de communiquer avec le monde entier via internet, mais pas l'eau courante. D'autres pueblos ne connaissent pas encore la fée electricité, les aliments sont conservés à renfort de glace et la lumière ne vient pas d'un interrupteur.

 

 

Chaque jour il faut tendre l'oreille et guetter les klaxons. Celui du camion citerne deversant à la demande  le précieux liquide dans les bidons bleus, sentinelles immobiles devant chaque maison. Celui du marchand de pain qui compense la boulangerie absente du village, et celui beaucoup plus bruyant du marchand de fruits et légumes, bien que tous les 10 m, une boutique propose carottes biscornues, papas (pommes de terre) variées, mais noir et autres légumes divers. En plus de ces gargottes fourre-tout, un marché qui porte mal son nom rassemble 5 maigres étals le long du mur du colegio.

 

 

Dans cet univers sans arbre ni verdure, si ce n'est un bananier, un cactus ou des fleurs couvertes de poussière dans les cours des maisons, 350 familles cohabitent dans un climat à premier abord agréable. On se salue, on se fait spontanément la bise. Mais les grilles fermées des magasins, la patte blanche à montrer pour entrer dans le cybercafé trahissent une violence latente et réelle. Pas celle des campesinos mais celle des bandes qui sévissent dans les parages, s'arretant en voiture devant une boutique pour dévaliser la maigre recette.

 

Des chemins sillonent les montagnes, arabesques sur décor minéral. Il n'y a pourtant pas de chèvres ou de moutons à transhumer, ni de paturages à brouter. Les gens tâtent toutes les combines pour gagner un peu d'argent afin de survivre. Les femmes cousent des tee-shirts ornées de petits miroirs à la mode des jeunes filles. Travail laborieux, néfaste pour les yeux et payé 2 soles, une misère !

D'autres fouillent les décharges et trient cartons, bois, fer, cuivre qu'ils revendent parfois à un bon prix. Un autre loue des tables et des chaises dans son camion rouge pour les nombreuses fêtes de naissance, baptème ou mariage des alentours. Les jeunes manquent de formations ou de diplômes poour monter des commerces aussi simples et essentiels que la coiffure ou les réparations de la maison.

 

 

Mais les gens espèrent, les gens y croient. Ils anticipent le futur, le jour meilleur où ils pourront agrandir et construire le deuxième étage de la maison, pour les enfants et leur famille. Le jour  où il ne faudra plus attendre le camion citerne, le jour où tout le monde aura du travail, le jour où tout sera plus facile.

Par Aurelie
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Samedi 28 avril 2007

Dès l'aube, le village est en effervescence, les marmittes chauffent sur les pas des portes, les enfants chassent le sommeil sous l'eau glacée de la fontaine, les ânes entament leur symphonie pastorale. Le soleil commence sa course, se hissant au dessus des montagnes et rayonne sur les toits des maisons.

 

 

Dans les cours, des herbes médicinales sont étalées sur le sol et le linge essaye de sécher sur les fils  dans la fraicheur de l'altitude. A plus de 3 000 m, dans les Andes, il n'y a pas de neige, mais une végétation grasse et dense. Le village lui, ressemble à un de nos hameaux de haute montagne, pas encore atteint par la civilisation des loisirs.

 

 

Des espadrilles aux pieds, avec ou sans grosses chaussettes, un pantalon usé, une veste de survêtement d'une autre époque, les mains creusées de profonds sillons, l'oeil aveugle ou mal en point, le sourire édenté et les rides de tant d'hivers et de tant d'étés, les hommes traversent les rues pavées de grosses pierres, la pelle à l'épaule, la bache en plastique à la main.

Vétues de jupes amples, un gilet rouge sur les épaules, le chapeau haut de forme blanc cassé sur la tête, les femmes discutent au pied des maisons en pierres, aux portes et balcons du premier étage en bois. Ou bien, un baluchon multicolore dans le dos, elles tirent l'âne et montent elles aussi, faucille ou pioche sur l'épaule, vers les parcelles de culture. Elles marchent à l'économie, du rythme de celles qui n'ont que le temps. Les journées s'écoulent dans les nuages qui viennent déja hanter les rues du village dès le milieu de la matinée.

 

 

Là-haut, sur des petits terrains en terrasse, irrigués une fois le mois par détournement des torrents, ils cultivent fruits, légumes et herbes médicinales, pour leur consommation personnelle et la vente aux marchés de Chosica et Lima, 3h et 4h30 de pistes plus bas.

Le soir, les hommes apportent le lait des vaches à la fromagerie artisanale, l'alpaga mâle est en pleine saison des chaleurs et harcèle la femelle sous les regards du petit, le veau né cette nuit essaye tant bien que mal de se lever et tenir sur ses pattes. 

Sur le terrain de sport, des jeunes garcons jouent au basket avec un ballon qui a perdu son rebond, le conducteur du collectivo va manger une soupe au milieu des gaseosas, chips, bouteilles d'alcool et rouleaux de papier toilette de la bodega-restaurant de la place du village.

 

Les gens ne me demandent pas "What's your name ?" mais "¿ Que hora es ?".

Je marche dans la brume des nuages et les questions ne sont pas "Where are you from ?" mais "¿ Dondé va ?"

 "¡ A caminar !"

 

 

Note : A 80km de Lima, San Pedro de Casta est le point de départ pour visiter les formations géologiques (rochers aux formes "humaines" ou animales) et les ruines prè-inca de Marcahuasi. 4 km2 de plateau à 4100m d'altitude, dans une végétation et des lagunes dignes du Mercantour.

Y aller : colectivo jusqu'à Chosica (1h-1h30 de Lima), puis colectivo/bus sur les pistes de montagne pendant 3h jusqu'à San Pedro.

Par Aurelie
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Mardi 1 mai 2007

English please see below, yeah for once !

Elles tricotent le matin,

Elles tricotent le soir.

Elles tricotent en marchant,

Elles tricotent en attendant,

Elles tricotent en allaitant le petit,

Elles tricotent en papotant,

Elles tricotent dans le lit (? ;-) ).

Elles tricotent sans jamais s'arreter.

 

 

Et quand elles ne tricotent pas, elles filent la laine,

En marchant,

En attendant,

En papotant,

En rentrant les vaches,

En allaitant le petit,

En dormant (?).

 

Travaux pratiques : appliquer cette méthode, en surveillant les examens, en attendant la mise à jour du config spec, dans la queue à Carrefour, pendant la mi-temps du match de foot, etc... ;-) 

 

Lircay, région de Huancavelica, Andes

 


  

The Land of the women knitting

  

They knit in the morning,

They knit in the evening.

They knit while walking,

They knit while waiting,

They knit while breast feeding the small one,

They knit while chatting,

They knit in the bed (? ;-) ).

They knit whithout ever stoping.

 

 

And when they don't knit, they wire the whool,

While walking,

While waiting,

While chatting,

While guiding the cows,

While breast feeding the small one,

While sleeping (?).

 

Practical exercise : apply this method, while overseeing the exams, while waiting the config spec update, while waiting in Carrefour, during the half time of the football match, etc... ;-)

 

Lircay, region of Huancavelica, Andes

Par Aurelie
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Mardi 8 mai 2007

1980, le début d'un cauchemar.

2000, un combat contre l'impunité.

Ayacucho ("el rincón de los muertos"(1) en quechua), fief du Sendero Luminoso dès 1980, puis de la branche Tupac Amaru vers 1984.

 

Des mouvements maoïstes durs, qui ne cherchent pas la fin de l'injustice et de la pauvreté mais l'asservissement du plus grand nombre. De la Selva, de la Sierra, sans foi ni loi, ils viennent dans les pueblos reculés recruter paysans et éleveurs pour leur combat. La riposte de l'état est toute en répression et violation systématique et totale des droits de l'homme.

Pris entre deux feux, ces habitants pauvres et ruraux, dont la moitié a entre 20 et 49 ans, aux trois quart quechuahablantes(2), vont être victimes d'enlèvements arbitraires, séquestrations, tortures, viols de la part des maoïstes mais aussi des Fuerzas Armadas y Policiales, Guardia Republicana ou Servicios Secretos(3).

Perquisitionnés et emmenés de nuit, déclarés comme n'ayant jamais été vus au poste de police le jour, des milliers d'hommes et de femmes ont disparu, laissant des mères, des femmes, des soeurs, des filles, sans fils, mari, frère ou père.

Des orphelins traumatisés par les violences vues, par l'assassinat de leurs parents ou du frère sous leur yeux.

70 000 morts ou disparus, 4 victimes sur 10 à Ayacucho ou dans les villages alentours...

Et hier comme aujourd'hui, des femmes, des mères, des soeurs, des filles se battent contre l'impunité, se battent contre l'oubli, se battent contre l'indifférence, parce que la même chose se répète toujours ici et là, aujourd'hui et hier.

Chili de Pinochet, Espagne de Franco, Résistance contre forces d'occupations, dictatures trop nombreuses, toujours les mêmes victimes, le peuple, candidat innocent, entre des forces de lutte et l'armée du gouvernement.

Alors, ces mères, ces femmes, ces soeurs, ces filles continuent de témoigner, de bousculer les consciences, de reveiller les mémoires, para que no se repita(4).

Museo de la Memoria, Asociación Nacional de Familiares de Secuestrados, Detenidos y Desaparecidos del Perú (ANFASEP), Ayacucho

(1) : le coin des morts

(2) : parlant le quechua

(3) : Forces armées et policières, garde républicaine, services secrets

(4) : Pour que cela ne se répète pas

Par Aurelie
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Caminando

Lundi 01 Octobre

Ayer :  Dernier passage de frontière terrestre le long du lac Titicaca et de nouveau au Pérou pour la dernière ligne droite du voyage.

Hoy :  Repos avec ma famille péruvienne, coiffeur et cireur de chaussures, déambulades dans Arequipa 

Mañana : Retrouver les sourires des niños del mañana

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