.

Caminante, son tus huella
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.

Antonio Machado
Campos de Castilla (1912)

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Niños del Mañana

Vendredi 13 juillet 2007

Merci Rubi pour ton accueil chaleureux dans le centre Niños del Mañana et cette opportunité de passer du temps avec les enfants

Merci Paty pour les leçons de cuisine et les discussions toujours très interessantes

Merci Nelly et Olivia pour les moments dans les classes et les rigolades pendant les pauses

Merci à vous les niños pour vos sourires, votre joie de vivre et tous les moments de bonheur passés avec vous.

 

Il faut sortir des murs blancs de silar du centre historique, traverser des faubourgs périphériques de la ville, s'extasier devant les vertes terrasses des proches campagnes puis descendre du carro au milieu de nulle part.

Là où rien ne pousse, entre roches et cailloux, des habitations de tôles, briques et parpaings sur les toits desquelles veillent des chiens menaçants, des terrains vagues entre deux chemins, des rues défigurées de tranchées ouvertes pour les futures canalisations d'eau, un abarrote, un terrain de sport, le désert sous la chaleur, la pureté de l'air et le sable en pesanteur; sous les regards bienveillants mais voilés du Chachani coiffé de blanc, du Misti tout gris et du Picchu Picchu plus petit.

 

 

Là où rien ne pousse, derrière une porte blanche en métal, une cour entourée de petites batisses, de la poussière qui vole, des gamins qui cavalent joyeusement, une école.

 

Il est passé 9h. Paty dans la cuisine son domaine, depuis un moment déjà s'active. De l'eau bout sur la gazinière, de l'eau chauffe dans les fours solaires.

Toutes les trois minutes, le chien aboie, la porte blanche en métal s'ouvre, des petites bouilles chapeautées ou non se faufilent, des visages plus grands accompagnent.

Il est passé 9h. L'heure de la clochette, de la double file, les osos(1) bien alignés mais pas encore au complet à gauche, les pollos(2) plus dissipés et encore moins nombreux à droite. Les señoritas Rubi, Olivia et Nelly en generaux en chef, sous les regards de quelques parents.

- ¡ Distancia, Firmes, Descanso, Atención !

Redressement des bustes, claquement des mains le long du corps, relachement.

 

 

- ¡ Buenos dias niñitos ! (3)

En choeur

- Buenos dias Señorita Ruuuubi

- ¡ Buenos dias niñitos !

- Buenos dias Señorita Oliviaaa

- ¡ Buenos dias niñitos !

- Buenos dias Señorita Neeelly

En coup de vent entre deux épluchages, les mains encore humides

- ¡ Buenos dias niñitos !

- Buenos dias Señorita Paaaty

- ¡ Buenos dias niños !

- Buenos dias Señorita A-ureeeli-a

 

- ¿ Que dia somos hoy ? (4)

Les plus grands, prompts comme toujours, ¡ Lunes !

- ¿ De que mes ?

- ¡ Junio !

- ¡ No ! Se acaba Junio. Ahora es Julllllio. ¿ Es el mes del ... ? ¿ Del ....? ¡ Del Peru !*

Les plus petits toujours distraits, qui avec son jouet, qui à embeter son copain de devant ou derrière.

Continuellement la porte blanche en métal s'ouvre, un chien s'engrouffre, le chien de l'école aboie de plus belle, des petites bouilles chapeautées ou non se faufilent, parfois pleurent dans le refus d'abandonner le visage plus grand. Les files s'agrandissent en désordre, la miss veut être devant, le bonhomme se débarrasse comme il peut de son cartable.

- Qui veut diriger la prière ?

- Moi, moi, moi !

Les mêmes doigts qui se lèvent, la Mary, le Alex, le Frank, les pollitos** connaissent moins bien la "chanson" que les ositos

- Levanto la mano dereeeeecha. (5)

 

Des 3 ans lèvent la main gauche, lèvent les deux mains, ou ne lèvent aucune main. Le signe de croix plus ou moins parfait chez les grands est inversé, incomplet ou inexistant chez les petits, chapeau parfois encore sur la tête malgré le signe évident de la mamita ou du papito.

 

Continuellement la porte blanche en métal s'ouvre, le chien se repose, des petites bouilles chapeautées ou non se faufilent, des grands visages saluent d'autres grands visages, des cahiers sortent des cartables.

 

 

Les files s'allongent, lentement, la prière s'achève, les chapeaux retournent sur les têtes, Imanol continue à jouer avec son dinosaure qui voyage entre ses mains et les poches de sa blouse, Helard lorgne sur le dit dinosaure, Jhonathan et Daniel gigotent, la señorita Olivia entame son chant du soldat "marcha soldado", les ainés se dirigent en cadence vers la classe proche, les cadets et benjamins en marche libre vers la salle plus éloignée.

 

A suivre... 

 

1 : ours/ourson (élèves de 5 ans)

2 : poulet/poussin (élèves de 3 et 4 ans)

3 : Bonjour les enfants !

     Bonjour mademoiselle ... !

4 : Quel jour sommes-nous aujourd'hui ?

     Lundi !

     De quel mois ?

     Juin !

     Non. Juin est terminé. Maintenant nous sommes en Juillet. C'est le mois du ...? Du ... ? Du Pérou* !

5 : Je lève la main droite

* :  Fiestas patrias (fête nationale) le 28 juillet

** : ito, ita, diminutif affectif

Par Aurelie
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Lundi 23 juillet 2007

Dans la classe des ositos, une quarantaine de mains frappent en rythme, une quarantaine de pieds martèlent le sol, mais seulement une dizaine de bouches, plus ou moins distinctement, chantent ou marmonent la comptine. Les autres bouches sont de larges sourires sur des têtes heureuses de mettre les mains en haut, en bas, devant, derrière, ou de suivre l'histoire des 5 amis sur les 5 doigts.

 

De la vingtaine de pollitos, aucun n'est assis sagement sur sa chaise. Au sol d'inombrables pièces de tous les puzzles de l'étagère, et quelques blouses bleues au col rouge qui avec la dextérité de l'habitude recomposent visage de Barbie ou carte du Pérou. D'autres blouses bleues au col rouge parcourent la salle de classe plus ou moins rapidement, plus ou moins bruyament, à genoux une ficelle tirée par une autre blouse bleue à col rouge dans la bouche, debout une voiture ou une tasse de dinette à la main. D'autres puzzles sur les tables basses, les pieces attachées face cachée, un démon blond de passage les mélange, cela ne change rien à la vélocité de la reconstitution du tableau des voyelles ou des nombres.

 

Dans la cuisine son domaine, Paty, aidée ou non d'une mamita, s'affaire au four et au moulin, entre la découpe des petites pommes pour la quinoa de la collation, la confection des pancitos(1) -un régal pour les enfants, l'epluchage des tomates, carrottes, feves et la préparation du poulet, pendant que sur le gaz mijotent ajo, cebolla et aji(2), embaumant la piece d'un parfum agréable. Le riz cuit tranquille sous l'effet du dieu soleil, coincé entre les bouteilles d'eau, pres du tobogan et de la fresque representant les 3 régions du Pérou (Selva, Sierra, Costa).

 

Au dessus du  frigo, les aiguilles pointent sur 10h30. Une vingtaine de tasses en plastique jaune traversent la cour, accompagnées des pancitos drapés de blanc du sucre glace et du jugo de quinoa-manzana encore chaud.

 

Les pollitos, les puzzles, la dinette, les instruments de musique sont partout dispersés dans la piece, mais les mains se précipitent pour avoir l'honneur de distribuer les tasses et les pancitos, les mains sales étant recalées vers la bassine d'eau pres des baños(3). Un pollo méritant a le droit de troner à la gauche de la Señorita Rubi pour egrener d'une voix plus ou moins distincte "Levanto la mano dereeecha ". Des mains droites, des mains gauches, pas de mains, se lèvent, font un signe de croix dans l'ordre, le desordre ou en imagination.

 

 

La priere est rapide, les tasses pour certaines vite vides, les pancitos parfois les mains accompagnent sur le tobogan, les pneus ou près du chien.

Les ositos pas toujours aussi calmes, boivent et mangent leur collation dans un concours de vitesse, pour sortir au plus tôt de la classe et profiter de la poussiere et de la chaleur du dehors. Certains mangent encore plus lentement que n'avance l'escargot.

Mais la pause est longue, la pelota(4) fait de nombreux séjours dans la gueule ou la niche du chien. La señorita blonde à la recousse est appelée, pour eviter au pauvre canidé qui jamais ne mord ni n'attaque les enfants les coups de balais de Cristhian* ou les assauts témeraires de Miguel. Au pied du mur, Leandra dirige son groupe de filles d'une main de fer, distribuant poupées et vetements appropriés au compte goutte. 

 

 

Sur le tobogan ou les pneus, José Efrain et Fernando José dirigent le bus, tournant le volant constitué de la bassine en plastique à gauche ou à droite, les passagers venant et partant à leur guise.

 

 

D'autre courent, rigolent, revent, se cachent dans les toilettes, se roulent dans la poussiere, trainent dans la cuisine, rapportent les tasses vides, reclament un peu plus de pain...

 

Sans ou avec raison, des cris, des pleurs, un petit attroupement.

- C'est lui qui a commencé, c'est lui qui l'a frappé, parce que ci, parce que ca ...

Apres deux minutes d'explications sur le pourquoi du comment c'est pas bien de se bagarrer, les deux ennemis redeviennent amis, une chaleureuse embrassade scellant l'union nouvelle.

Au bout d'une course, sur le sol inégal, une chute sur le sol. Des mains vont relever le corps à terre, l'aider à dépoussierer le pantalon et le pull, secher les larmes et appaiser la douleur. 

 

Il est presque midi, deux filent s'allongent devant les deux bassines. Le préposé au savon surveille le lavage des mains, les grands rapides et efficaces comme toujours, les petits plus récalcitrants.

 

 

- Mets tes mains dans l'eau. Prends le savon. Frotte toi les mains, les paumes, le dos. Il en reste encore la. Bien, maintenant va te rincer.  Il en reste encore la...

Certaines mains effectuent une toilette de chat, d'autres trainent des heures à jouer avec le savon et l'eau, la file lentement diminue, les mains propres toutes ne vont pas dans la classe, certaines cherchant de nouveau la poussiere et le plaisir du tobogan.

A finir...

1 : petits pains frits dans l'huile

2 : piments, oignons, ail

3 : toilettes

4 : balle

 

*: l'orthographe des noms est respectée

Par Aurelie
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Lundi 6 août 2007

Pour découvrir et expliquer de nouvelles définitions, rien de mieux que la pratique. Sur les quatre tables des ositos, reposent en vrac des crayons et des pièces en plastique de couleurs et formes diverses. Sans consignes, les enfants s'y donnent à coeur joie. Sur une table, les quatre paires de mains ont regroupé les crayons et les pièces par couleurs, sur une autre naissent des figures plus ou moins abstraites composées de triangles, carrés et cercles.

 

 

- Cette pièce et cette pièce, sont-elles iguales, parecidos ou diferentes(1) ?

Les enfants continuent leur tri ou leur construction, préférant s'absorber à la tache plutôt que de répondre à la question. Un enfin s'essaye

- Iguales !

- Ont-ils la même forme, la même couleur, la même taille ?

- Oui

- Vraiment? Regarde, ça c'est quoi ?

- Un triangle

- Et ça ?

- Un carré

- Alors ?

- Il sont diferentes

- Bien. Et ça ? La señorita Olivia montre deux cercles similaires, l'un plus foncé que l'autre.

- Ils sont iguales, dit le niño avec un grand sourire

- Ont-ils la même forme ?

- Oui

- La même taille ?

- Oui

- La même couleur ?

- Ben non, celui là est plus clair.

- Donc ils sont ... parecidos !

Il faut repeter l'exercice plusieurs fois afin que les notions rentrent dans les petites têtes, certains assimilant plus vite que d'autres, certains voulant répondre à la place de l'autre...

Après avoir regroupé les pieces iguales ou continué la construction d'un animal mythologique, la leçon se poursuit dans les catalogues de cosmétiques et produits de beauté. Entre parfums Dior et shampoings l'Oréal, les niños tournent les pages, découpent, cherchent la maitresse une page à la main

- Señorita, ils sont iguales ces deux tubes de rouge à levres.

- Oui, c'est bien, découpe les et colle les sur ta feuille.

Progressivement, les crochets au mur se garnissent de pages de tubes, boites, flacons, objets de forme, taille et couleur iguales.

 

Chez les pollitos, l'activité du jour n'est pas claire. Ce qui devrait être un exercice au crayon de couleur pour developper la motricité et le controle de la main s'est transformé en une séance de maquillage. Les crayons, au lieu de partir du point au centre de la feuille et de remplir l'espace vierge, dérivent sur les tables ou plus loin encore, le visage étant une cible de choix. Les garçons se métamorphosent en chien, chat ou autre animal à moustaches. Les filles copient les grandes soeurs, mères ou actrices de télévision en improvisant mascara, fond de teint, rouge à levres et eye-liner, le résultat étant cependant bien loin des modèles, le vert ou le marron du crayon ne fournissant pas le même effet que le pinceau à levres ou le tampon à poudre.

 

 

 

Au dessus du frigo de la cuisine, la petite aiguille pointe le 1, la grande se trouve dans les parages du 6. Une vingtaine d'assiettes et de grandes cuillères traversent la cour, sautent par dessus les pneus, passent à droite des fours, traversent la porte métalique, slaloment au milieu des tables et des pollitos en pagaille pour se poser sur la petite table voisine du petit lit. Quelques minutes plus tard une imense marmite et le riz sorti du four solaire attirent l'attention des niños qui soulevent le couvercle, hument, contemplent le minestrone ou piquante du jour, s'en lechent les babines, recitent plus ou moins sérieusement la priere, cherchent leur set de table dans la caisse et guettent chaque assiette qui passe, esperant en être l'heureux destinataire.

 

La marmite retraverse la classe, passe la porte, côtoie les fours, saute les pneus, entre dans la cuisine et va se nicher sur un tabouret face au meuble situé sous la fenêtre de séparation avec la classe des ositos.

Les assiettes circulent, reviennent plus ou moins vite accompagnées d'un "¡Gracias Señorita Paty!" "De nada"(2), des coupelles de gelatina repartent et reviennent remplacées par le verre de limonada. Certains niños semblent ne pas avoir mangé depuis des jours tant les aliments sont vite ingérés, d'autres rèvent, papotent, mastiquent et mangent lentement.

 

La cour se remplit de nuages de poussière, la cuve d'eau froide se remplit d'asssiettes, coupelles, petites et grandes cuillères et timballes, les classes se remplissent de parents aidant les petits à terminer le repas, regardant les travaux du jour affichés sur les murs, vérifiant les devoirs pour le lendemain dans le cahier, réclamant les enoncés s'ils ont par mégarde été oubliés. La vaisselle voyage entre les trois cuvettes, pré-lavage, lavage et rincage, les mains rougissent de froid, l'essuyage jamais ne se finit, de nouveaux objets sales traversent la cour ou la séparation classe-cuisine quand la fin du stock est crue proche.

 

 

Des niños mangent, des niños jouent à la pelota ou au conducteur de bus, des niños viennent faire la bise "¡Chau, hasta mañana!"(3), des niños filent vers les baños, ne veulent pas rentrer tout de suite, encore un puzzle, encore un jeu...

Lentement, les classes, les cuves d'eau froide, la cour se vident. Les Señoritas et Paty prennent enfin le temps de manger sur un tabouret de la cuisine, les enfants de la gardienne s'occupent sagement dans la classe, un parent nettoie les baños, met les chaises sur les tables, balaye la classe.

 

Il est autour de 15h, le soleil entame sa descente, il faut monter dans le carro au milieu de nulle part, s'extasier devant les vertes terrasses des proches campagnes, traverser les faubourgs périphériques de la ville, puis entrer au milieu les murs blancs de silar du centre historique.

  

(1) : égales, semblables ou différentes

(2) : merci Señorita Paty. De rien

(3) : Salut, à demain.

Par Aurelie
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Caminando

Lundi 01 Octobre

Ayer :  Dernier passage de frontière terrestre le long du lac Titicaca et de nouveau au Pérou pour la dernière ligne droite du voyage.

Hoy :  Repos avec ma famille péruvienne, coiffeur et cireur de chaussures, déambulades dans Arequipa 

Mañana : Retrouver les sourires des niños del mañana

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