Ils sont descendus des hauts plateaux andins de la sierra, fuyant les violences du Sendero Luminoso (années 1980 à 2000), la pauvreté et les conditions difficiles; espérant une vie plus aisée, plus confortable et pleine de travail.
Ils sont arrivés de là-haut, pour déboucher sur Lima surpeuplée de 9 millions d'habitants, coincée entre l'océan pacifique et les montagnes environantes.
Ils sont venus remplis d'espoirs et de rêves et se sont retrouvés refoulés derrière les portes de la ville, sur des terres arides, entourées de collines de cailloux et de poussière.
Dans cette cuvette grise de terre, les maisons poussent comme des champignons dans les vallées étroites, apportant de légères touches de couleur tout en rognant un peu d'espace sur la montagne. Les briques remplacent progressivement le bois, le carton ou la tôle mais les facades bleu ciel, vert turquoise ou orange vif masquent toujours des pièces exigues et peu confortables.
Ces terres si dénudées et si pauvres ne sont pas pour autant gratuites. Il y a dix ans, des audacieux ont acheté ces hectares sans avenir 10 000 soles et les revendent aujourd'hui 50 $ le mètre carré. Une affaire bien lucrative.
Les Pueblos Joven s'etendent tout autour de Lima et continuent à s'agrandir sous le flot des nouveaux arrivants. L'electricité et le téléphone sont acheminés à Vizcachera, ce qui permet de communiquer avec le monde entier via internet, mais pas l'eau courante. D'autres pueblos ne connaissent pas encore la fée electricité, les aliments sont conservés à renfort de glace et la lumière ne vient pas d'un interrupteur.
Chaque jour il faut tendre l'oreille et guetter les klaxons. Celui du camion citerne deversant à la demande le précieux liquide dans les bidons bleus, sentinelles immobiles devant chaque maison. Celui du marchand de pain qui compense la boulangerie absente du village, et celui beaucoup plus bruyant du marchand de fruits et légumes, bien que tous les 10 m, une boutique propose carottes biscornues, papas (pommes de terre) variées, mais noir et autres légumes divers. En plus de ces gargottes fourre-tout, un marché qui porte mal son nom rassemble 5 maigres étals le long du mur du colegio.
Dans cet univers sans arbre ni verdure, si ce n'est un bananier, un cactus ou des fleurs couvertes de poussière dans les cours des maisons, 350 familles cohabitent dans un climat à premier abord agréable. On se salue, on se fait spontanément la bise. Mais les grilles fermées des magasins, la patte blanche à montrer pour entrer dans le cybercafé trahissent une violence latente et réelle. Pas celle des campesinos mais celle des bandes qui sévissent dans les parages, s'arretant en voiture devant une boutique pour dévaliser la maigre recette.
Des chemins sillonent les montagnes, arabesques sur décor minéral. Il n'y a pourtant pas de chèvres ou de moutons à transhumer, ni de paturages à brouter. Les gens tâtent toutes les combines pour gagner un peu d'argent afin de survivre. Les femmes cousent des tee-shirts ornées de petits miroirs à la mode des jeunes filles. Travail laborieux, néfaste pour les yeux et payé 2 soles, une misère !
D'autres fouillent les décharges et trient cartons, bois, fer, cuivre qu'ils revendent parfois à un bon prix. Un autre loue des tables et des chaises dans son camion rouge pour les nombreuses fêtes de naissance, baptème ou mariage des alentours. Les jeunes manquent de formations ou de diplômes poour monter des commerces aussi simples et essentiels que la coiffure ou les réparations de la maison.
Mais les gens espèrent, les gens y croient. Ils anticipent le futur, le jour meilleur où ils pourront agrandir et construire le deuxième étage de la maison, pour les enfants et leur famille. Le jour où il ne faudra plus attendre le camion citerne, le jour où tout le monde aura du travail, le jour où tout sera plus facile.
Vos 'tits mots