L'impression de se reveiller dans une autre dimension, un monde parallèle, où l'hotel ne serait que silence. Pas un klaxon qui transperse les murs, pas un bruit de moteur qui grimpe sur la terrasse. Dans les rues, vides de carros et voitures, des citadins aussi surpris que moi de cette absence si agréable. En une nuit, par un effet de magie digne des livres, la cité bruyante de sirènes, polluante de pots d'échappements, un enfer pour les bipèdes qui n'ont aucun droit sur la chaussée, s'est transformée en un gigantesque centre pietonier calme et paisible.
La rue ketanou !
Plus d'attention permanente contre les dangers des quatre roues, plus ces perturbations olfactives et sonores.
Un rêve !
Un rêve qui est realité pour un jour, un seul jour trop court.
Mais les vélos qui se régalent, les badauds qui s'échappent des trottoirs, cottoient une police qui discrètement surveille. Les déambulations des couples et familles, comme en un dimanche de fête, contrastent avec les portails clos, les grilles à moitié fermées des boutiques, restaurants, agences de voyage, confrérant aux rues un air d'inquiétude ou de peur face aux évenements futurs.
Au bout des avenues, aux entrées de la vieille ville, on devine des attroupements bruyants, banières hautes dans le ciel, discours amplifiés par les haut parleurs.
Sur la Plaza de Armas, coeur névralgique de la cité, toutes les regles ont été abolies. Les gens s'assoient sur la fontaine, les pigeons sont nourris sur les pelouses, les hommes se reposent sur l'herbre.
Le pueblo(1) est dans la rue, et il veut le pouvoir !
Corruption, libéralisation, tentative d'extradiction par le Chili de Fujimori plein d'argent dont le peuple n'a jamais vu la couleur, hausse des prix, ... le pays va mal, très mal et le peuple en colère a peur, très peur.
Sociétés de transports "no a la suba del combustible"(2), personnes agées, professeurs d'universités, commercants des marchés, trabajadores obreros(3), ils convergent de tous les coins, expriment leurs inquiétudes dans toutes les rues, puis ensemble, tournent sur les quatre artères de la place. En bruit de boites de conserve, en couleurs d'étendards rouges ornés du visage inémodable du Che "Hasta la Victoria final, Siempre"(4)des Juventud Socialista(5), en matiere de cebollas(6) et branches d'arbres, en feu d'effigie en carton de Garcia* soumis aux flammes.
"¡Alan, escucha el pueblo muere de hambre!"(7).
Hausse des prix des produits de première necessité (pain, oignon, eau, carburant), projets de privatisation de l'education et de la santé, pollution et contamination des mines de Cerro Verde et Selva Central, tous affichent des banderoles "xxx PRESENTE"(8). Sous les cris lancés avec ferveur de "El Pueblo Unido"(9), la place n'est plus cette immense église de la soirée du Corpus Christi.
Dieu et les hommes, ce n'est pas la même révolution !
Lendemains..
Les rues sont de nouveaux bruyantes et polluées.
Le rêve a bien pris fin.
Les prix commencent leur envolée, 6 pains au lieu de 7 ou 8 pour une sole, le 1/2kg de granadillas 20 centimes plus cher, les restaurants ajustent les tarifs des menus...
La violence des manifestations partage la une des journaux avec la visite de l'Angel Cameron Diaz au Machu Picchu. "Elle s'est coiffé d'un chullo** et a mangé des plats traditionnels"
Le peuple meurt de faim mais le peuple veut tout savoir de la vie des stars !
Titre : Grève génerale
(1) : peuple
(2) : non à la hausse du combustible
(3) : travailleurs ouvriers
(4) : Faut vraiment que je vous traduise ca?!
Jusqu'à la victoire finale, toujours !
(5) : Jeunesse Socialiste
(6) : oignon
(7) : Alan*, ecoute le peuple meurt de faim
(8) : XXX présent
(9) : Le peuple uni
* Alan Garcia, président du Pérou
** bonnet péruvien
Note : Grève du 20 juin 2007.
A ce jour, des paros se poursuivent à Juliaca, Puno et d'autres villes du pays, toujours contre la montée des prix, les projets de privatisation de l'éducation, les travaux de la route transocéanique Pérou-Brésil...
Vos 'tits mots