.

Caminante, son tus huella
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.

Antonio Machado
Campos de Castilla (1912)

Catégories

Jeudi 5 juillet 2007

L'impression de se reveiller dans une autre dimension, un monde parallèle, où l'hotel ne serait que silence. Pas un klaxon qui transperse les murs, pas un bruit de moteur qui grimpe sur la terrasse. Dans les rues, vides de carros et voitures, des citadins aussi surpris que moi de cette absence si agréable. En une nuit, par un effet de magie digne des livres, la cité bruyante de sirènes, polluante de pots d'échappements, un enfer pour les bipèdes qui n'ont aucun droit sur la chaussée, s'est transformée en un gigantesque centre pietonier calme et paisible.

La rue ketanou !

Plus d'attention permanente contre les dangers des quatre roues, plus ces perturbations olfactives et sonores.

Un rêve !

Un rêve qui est realité pour un jour, un seul jour trop court.

Mais les vélos qui se régalent, les badauds qui s'échappent des trottoirs, cottoient une police qui discrètement surveille. Les déambulations des couples et familles, comme en un dimanche de fête, contrastent avec les portails clos, les grilles à moitié fermées des boutiques, restaurants, agences de voyage, confrérant aux rues un air d'inquiétude ou de peur face aux évenements futurs.

 

Au bout des avenues, aux entrées de la vieille ville, on devine des attroupements bruyants, banières hautes dans le ciel, discours amplifiés par les haut parleurs.

Sur la Plaza de Armas, coeur névralgique de la cité, toutes les regles ont été abolies. Les gens s'assoient sur la fontaine, les pigeons sont nourris sur les pelouses, les hommes se reposent sur l'herbre.

 

Le pueblo(1) est dans la rue, et il veut le pouvoir !

 

Corruption, libéralisation, tentative d'extradiction par le Chili de Fujimori plein d'argent dont le peuple n'a jamais vu la couleur, hausse des prix, ... le pays va mal, très mal et le peuple en colère a peur, très peur.

 

Sociétés de transports "no a la suba del combustible"(2), personnes agées, professeurs d'universités, commercants des marchés, trabajadores obreros(3), ils convergent de tous les coins, expriment leurs inquiétudes dans toutes les rues, puis ensemble, tournent sur les quatre artères de la place. En bruit de boites de conserve, en couleurs d'étendards rouges ornés du visage inémodable du Che "Hasta la Victoria final, Siempre"(4)des Juventud Socialista(5), en matiere de cebollas(6) et branches d'arbres, en feu d'effigie en carton de Garcia* soumis aux flammes.

 

 

"¡Alan, escucha el pueblo muere de hambre!"(7).

 

Hausse des prix des produits de première necessité (pain, oignon, eau, carburant), projets de privatisation de l'education et de la santé, pollution et contamination des mines de Cerro Verde et Selva Central, tous affichent des banderoles "xxx PRESENTE"(8). Sous les cris lancés avec ferveur de "El Pueblo Unido"(9), la place n'est plus cette immense église de la soirée du Corpus Christi.

Dieu et les hommes, ce n'est pas la même révolution !

 


 

Lendemains..

Les rues sont de nouveaux bruyantes et polluées.

Le rêve a bien pris fin.

Les prix commencent leur envolée, 6 pains au lieu de 7 ou 8 pour une sole, le 1/2kg de granadillas 20 centimes plus cher, les restaurants ajustent les tarifs des menus...

La violence des manifestations partage la une des journaux avec la visite de l'Angel Cameron Diaz au Machu Picchu. "Elle s'est coiffé d'un chullo** et a mangé des plats traditionnels"

Le peuple meurt de faim mais le peuple veut tout savoir de la vie des stars !

 

Titre : Grève génerale

(1) : peuple

(2) : non à la hausse du combustible

(3) : travailleurs ouvriers

(4) : Faut vraiment que je vous traduise ca?!

        Jusqu'à la victoire finale, toujours !

(5) : Jeunesse Socialiste

(6) : oignon

(7) : Alan*, ecoute le peuple meurt de faim

(8) : XXX présent

(9) : Le peuple uni

* Alan Garcia, président du Pérou

** bonnet péruvien

Note : Grève du 20 juin 2007.

A ce jour, des paros se poursuivent à Juliaca, Puno et d'autres villes du pays, toujours contre la montée des prix, les projets de privatisation de l'éducation, les travaux de la route transocéanique Pérou-Brésil...

Par Aurelie - Publié dans : Perú
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 2 juillet 2007

Au village de Mawayani (4050 m), c'est jour de marché. Les stands usuels de casseroles, vêtements, couvertures, quincaillerie, épicerie, fruits, etc... Mais à travers la foule chargée de sacs, costumes, banières, il est évident que ce n'est pas un jour de marché comme les autres.

Des bus, des camions, des colectivos chargés de pélerins traversent la rue principale envahie de gargottes à desayuno y almuerzo(1) qui crachent fumées de bois et parfums de fritures.

 

Naissance et mort d'une ville éphémère, avec ses restaurants, ses boutiques de produits essentiels, ses magasins de bondieuseries, ses actions caricatives (distribution de vêtements et packs de nourriture), son poste de secours, ses quartiers, ses baños(2), et son église, le seul batiment en dur de l'endroit.

 

 

Un bidonville de tentes grises, bâches bleues, couvertures de toutes les couleurs, cuisines en plein air et shampoings aux robinets.

Un bidonville de trois jours qui va laisser derrière lui déchets sur les tourbières et dans les ruisseaux.

Un bidonville dans la plaine de Sinak'ara, au pied du Nevado de Qolquepunco, à plus de 4800 m d'altitude.

Un bidonville peuplé de pélerins, faisant la queue pour prier devant la roche du Señor.

Un bidonville que l'on atteint après une longue marche de 8 km, entouré de monde à pied ou à cheval, de processions de banières, effigies du Christ et fanfares, de gens de toutes conditions et tous ages, portant charges plus ou moins lourdes, s'arrêtant aux croix ou plus souvent encore.

Un bidonville où l'on entre à travers un interminable corridor d'échoppes proposant liasses de faux dollars, euros ou soles, camions, maquettes de maison, restaurants, tiendas, faux diplômes, colliers, peintures du Señor, poudres et lotions miracles et autres bricoles porte-chance.

Un bidonville où certains cuisinent, d'autres se reposent, regardent les danses, grimpent le glacier en sandales, se lavent les dents dans le ruisseau où flottent des immondices, défèquent au milieu du terrain ou dans la rigole du baño, où l'étron se dirige en flottant vers les rivières de la vallée.

 

 

Un bidonville où la musique se joue sans fin, la grosse caisse resonant dans la montagne, les pas des danseurs se propageant sur les sols mous et spongieux de la tourbière, rendant le sommeil impossible.

Un bidonville où les nuits sont froides, les tentes gelées au reveil, le sol humide, et les gens bien serrés sous leurs couches de couvertures.

Un bidonville où les repères sont difficiles, la tente masquée au milieu de tant d'autres, un bidonville qui s'agrandit et se réduit d'heure en heure.

Un bidonville où des centraines d'étoiles partout sur la montagne concurrencent les blanches constellations du ciel, des lucioles de lampes torches, des troupeaux de bougies.

Un bidonville où tout le monde n'est pas logé à la meme enseigne mais où tout le monde vit dans la poussiere omniprésente et intenable et les fumées des feux qui assombrissent le gigantesque campement d'un voile opaque.

Un bidonville où des femmes prient à genoux sur le glacier devant des bougies brillant faiblement, où des gens cueillent et sucent de la glace avant de se faire chasser par des turblions en costumes et sifflets.

Un bidonville où des processions grimpent les raides montagnes, arco iris flottant au vent, vers des hauteurs reculées.

Un bidonville où des gens construisent des maisons miniatures en pierre, des grandes propriétés qu'ils inaugurent de confetis et pétards, sur lesquelles ils aposent un papier "propriedad privada"(3) et qu'ils vont enregistrer tres sérieusement devant témoins chez le notaire.

Un bidonville où l'on échange les faux billets pour acheter cette maison de rêve, comme dans une partie de monopoly.

Un bidonville où même la vieille dame joue avec les pierres, construisant une demeure modeste, à son image.

 

 

Un bidonville de bordel ambiant et permanant, des flots de groupes et de danses, des migrations de fourmis dans tous les sens, des cuisines fumantes à toute heure du jour et de la nuit.

Un bidonville où la circulation est ardue, toujours à contre-sens, entre rigoles d´eaux usées , plaques de verglas et personnes camouflées sous des baches neuves ou usées.

Un bidonville où derriere chaque pierre il y a du monde, dans chaque recoin du monde, rendant l'estimation de la population ardue, voir impossible.

Un bidonville qui est un pur désastre écologique et cela pour l'adoration d'un Señor de la montagne.

 

 

(1) : petit déjeuner et déjeuner

(2) : toilettes

(3) : propriété privée

 

 

Note : Petite selection de photos dans l'album Qoylloritt'i

Par Aurelie - Publié dans : Perú
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 25 juin 2007

Un voyage au Pérou, c'est aussi un voyage dans le monde des chapeaux

Bonnet à la mode de nos djeunes

Chosica, Lima

 

 

 

Couvre-chef version champs de fleurs 

Huancavelica

 

Coiffe d'homme, adaptation féminine

Luricocha, Ayacucho

 
 

 

Chapeau melon sans bottes de cuir

Pisac, Cusco

 

Corbeille de fruits (sans les fruits en plastique) de la grand-mère

Urubamba, Cusco

 
 

 

Chapeau des villes et bob des champs

Maras, Cusco

Haut de forme un peu ramolli sur nez bien crochu

Fiesta del Señor de Choquekillca, Ollantaytambo, Cusco 

 

 

 

Toque de chef à 3200 m d'altitude

Salkantay, Cusco

Abat-jour de la tante reculée de la campagne

Qoylloritt'i, Ocongate, Cusco

 

 
 

 

Modèle de jour,  l'élégance à l'abri du soleil

Qoylloritt'i, Ocongate, Cusco

 

 

Modèle du soir, l'élégance qui apporte la chaleur

Qoylloritt'i, Ocongate, Cusco

 
Par Aurelie - Publié dans : Perú
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 19 juin 2007

Lettre à mes chef et chef-chef

 

En raison de l'immensité des pays, des continents, du monde; et de la multitude de lieux me restant à découvrir, des innombrables conversations -ça et là, avec elle, lui ou eux- à tenir, des nombreuses émotions -bonheur, suprise, peine- à ressentir, des divers plats des marchés à gouter, de la variété de chapeaux à recenser, des quelques fêtes à vivre dans leur coeur, des deux ou trois grèves à comprendre, il apparait déjà évident que 6 mois de congés ne seront pas suffisants pour l’ample tache que je me suis fixée.

C'est pourquoi je sollicite donc dès à présent et par large anticipation, une prolongation indeterminée de mon congé sans solde, tout en requérant l'assurance de retrouver mon poste ou un poste equivalent à mon retour, si retour un jour il y a.

 

Veuillez recevoir blablabla

 


 

Purée, déjà deux mois ! Si quelqu'un connait un moyen de controller le temps, afin qu'il passe moins vite, beaucoup moins vite, ou que les journées soient plus longues, beaucoup plus longues, qu'il me le dise, et rapidement !

 

Quand je suis partie d'Angers, un certain 18 avril 2007, je ressemblais à ça :

Gare d'Angers, France

 

Beaucoup doivent se demander si maintenant je suis devenue une vraie péruvienne coiffée d'un abat-jour ou d'un chapeau melon usé jusqu'à la corde, trois jupes colorées superposées sur des bas en laine, des sandales en pneu aux pieds, un balluchon multicolore et chargé sur les épaules...

 

Alors, pour vous rassurer, voici à quoi je ressemble aujourd'hui :

Salineras de Maras, Cusco

Comment ça, ça ne vous apporte aucune réponse ?!

 

Dans ma grande générosité (c'est fou ce que le Pérou m'a changée hein ?!), je vous donne une deuxième preuve que je suis toujours intacte, toujours la même petite tête blonde.

Fiesta del Señor de Choquekillca, Ollantaytambo, Cusco

 

Et puis si vous n'etes toujours pas content, venez me voir, le Pérou est un pays magique !

 

Par Aurelie - Publié dans : Le Grand Chemin
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Dimanche 10 juin 2007

 

Non, Cusco n'est pas une immense cité gay-friendly et Inti Raymi n'est pas une gigantesque Marche des Fiertés, Gay Pride ou Christopher Street Day.

 

Mais l'arco iris (l'arc en ciel), qui flotte partout dans la ville, et se trouve dans la plupart des magasins est la banière de Tawantisuyu ("les quatre parties du monde" en quechua), le grand empire inca qui s'étendait de l'Equateur au Chili et dont Cusco etait le nombril.

L'empire était divisé en quatre provinces, les suyu :

 

Chinchaysuyu

^

|

Nord

|

Kuntisuyu  <-  Ouest  -     Cusco          -  Est  ->  Antisuyu

|

Sud

|

 V 

Qollasuyu

Selon l'Inca Garcilaso de la Vega, un arc en ciel est apparu lorsque Manco Capac arriva dans la vallée de Cusco et décida en conséquence d'établir ici sa capitale.

 

L'Arco Iris est maintenant la banière officielle de Cusco, et ses habitants la chérissent et en sont fiers.

 

 

Note: le drapeau gay a 6 bandes, le drapeau de Tawantisuyu 7 bandes, et le drapeau PACE  7 bandes mais commence par le violet et termine par le rouge (arc en ciel inversé).

Par Aurelie - Publié dans : Perú
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Publicité

Caminando

Lundi 01 Octobre

Ayer :  Dernier passage de frontière terrestre le long du lac Titicaca et de nouveau au Pérou pour la dernière ligne droite du voyage.

Hoy :  Repos avec ma famille péruvienne, coiffeur et cireur de chaussures, déambulades dans Arequipa 

Mañana : Retrouver les sourires des niños del mañana

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus